Je voyage en ce moment au Mexique, pays splendide… que Donald Trump annonce vouloir « frapper au sol », ciblant les cartels de narcotrafiquants.
« C’est une manière de parler », a immédiatement rétorqué la présidente mexicaine. « Trump se dégonfle toujours », ont osé ses opposants, malgré l’épisode vénézuélien. « Il ferait mieux de commencer par freiner la consommation de drogues dans son propre pays », etc.
En scrollant les news, je peine à me projeter dans la prochaine Coupe du monde de football, co-organisée cet été par les États-Unis… et le Mexique. Alors je me tourne vers le passé.
J’écris ces lignes à San Cristobal, capitale culturelle du Chiapas. C’est dans cette région que le 1ᵉʳ janvier 1994 (jour de l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada… et le Mexique), l’armée zapatiste s’était emparée de plusieurs villes. Si les combats armés n’avaient duré que douze jours, les zapatistes n’ont cessé depuis – pendant plus de trente ans ! – de concrétiser leur utopie.
Me voilà replongé dans les années 90 : la fin de l’URSS, la fin de l’Histoire. Champ libre pour un capitalisme global ! Plus d’alternative possible. Au Chiapas pourtant, les zapatistes imposent un mode de fonctionnement autonome, régional, luttent contre la spoliation des terres, la destruction de l’environnement. Leur acharnement fait tourner la tête de milliers d’Occidentaux en mal d’idéaux.
Dans les rues de San Cristobal, je peux encore lire sur les murs deux formules zapatistes, particulièrement éloquentes aujourd’hui. D’abord, le fameux « diriger en obéissant » (mandar obedeciendo). Servir plutôt que se servir. Dans leur processus de décision, horizontal et participatif, tout le monde gouverne à tour de rôle. On échappe ainsi au risque de confiscation du pouvoir.
Et puis, il y a le fameux caminar preguntando (« cheminer en questionnant »), l’exact contraire des décisions capricieuses et hâtives de Trump. Les assemblées zapatistes assument leurs tâtonnements, leurs débats interminables, leurs erreurs, leurs revirements.
Je n’idéalise pas ce mouvement (qui est du reste en perte de vitesse), mais voilà, en ce moment, son exemple est comme une grande bouffée d’air, un remède contre la fatalité dans laquelle l’Occident semble sombrer.
Je me prends alors à rêver d’un peu plus de courage politique, chez moi. Qu’on refuse de s’agenouiller devant ce fou furieux qui piétine nos valeurs. Qu’on cesse nos « petits arrangements », promesse d’investissements et concessions. Qu’on dénonce enfin la brutalité de ses décisions et les violations du droit international…
Y tú, qué ? Et toi, tu en penses quoi ?
Journal de Morges, janvier 2026