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Textes chroniques

  • Sept élus sur la photo

    On a fait campagne, du Temple au Château, et du Château au Temple, avec de rares incursions dans les nouveaux quartiers pour distribuer des croissants, des slogans.

    On a rafraîchi la page du parti, publié du contenu. On s’est bousculé pour poser avec le bon candidat au Conseiller d’État. On a été sur tous les fronts, la culture, le sport, les sociétés, les associations, la Télé, le Journal.

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    C’est dimanche, enfin, et sept élus posent devant les vieille pierres de l’Hôtel de Ville (qui n’est pas qu’une Maison du Tourisme).

    Une jeune candidate – c’est rageant – est passée devant un candidat pour 11 voix seulement (l’équivalant d’un tablée d’amis qui se convainquent d’aller voter le lendemain).

    Et pour ces 11 petites voix, et pour la première fois, il y a cinq femmes sur le cliché. Une nouvelle donne qui, si elle ne révolutionne pas la ville, fait souffler sur les vieux pavés un vent de fraîcheur.

    Pour ces mêmes 11 petites voix, la gauche a repris des couleurs. Un peu de rose sur les joues. On fait même poser un Vert : à croire que malgré le prix de l’essence et du gaz, on se soucie encore un tout petit peu du climat, de la mobilité douce, des énergies renouvelables.

    Sur la photo figure aussi un type qu’on avait mis à la porte et qui est revenu par la fenêtre, un type qui se tient à l’écart et évite de trop montrer sa joie en constatant la débâcle de son ancien parti.

    Et ce parti justement, a-t-il fauté par arrogance, excès de confiance ? Visiblement, lutter contre l’augmentation des impôts n’a pas suffi. Pas plus qu’offrir des accès à la baignade dans le lac et des heures de parking gratuites. Sur la photo des précédente élections, ils était trois et elle n’est plus qu’une : syndique qui sourit fébrilement, car malgré sa brillante élection,  elle sait que sa fonction n’est plus aussi légitime qu’avant.

    Voilà, merci pour votre patience, la photo est dans la boîte. Vous pouvez remercier vos électeurs, vous reposer un peu avant de prendre vos fonctions dans les administrations.

    Dans les étages de ces dernières, les chefs de services n’ont pas bronché (ce n’est pas leur première élection). Gauche ou droite, cela leur importe peu. Si la carrosserie a de nouvelles couleurs, le vieux moteur est le même, avec ses à-coups et ses ratés, ses galères, ses nouveaux quartiers et sa vieille patinoire, ses listes d’attente pour les crèches et ses loyers inabordables, ses vieux qui râlent et ses jeunes qui s’en vont, ses commerçants découragés et son trafic encombré…

    Mesdames et messieurs, félicitations ! À vous de jouer !

    Journal de Morges, avril 2026

  • Plus de courage politique ?

     Je voyage en ce moment au Mexique, pays splendide… que Donald Trump annonce vouloir « frapper au sol », ciblant les cartels de narcotrafiquants.

    « C’est une manière de parler », a immédiatement rétorqué la présidente mexicaine. « Trump se dégonfle toujours », ont osé ses opposants, malgré l’épisode vénézuélien. « Il ferait mieux de commencer par freiner la consommation de drogues dans son propre pays », etc.

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    En scrollant les news, je peine à me projeter dans la prochaine Coupe du monde de football, co-organisée cet été par les États-Unis… et le Mexique. Alors je me tourne vers le passé.

    J’écris ces lignes à San Cristobal, capitale culturelle du Chiapas. C’est dans cette région que le 1ᵉʳ janvier 1994 (jour de l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada… et le Mexique), l’armée zapatiste s’était emparée de plusieurs villes. Si les combats armés n’avaient duré que douze jours, les zapatistes n’ont cessé depuis – pendant plus de trente ans ! – de concrétiser leur utopie.

    Me voilà replongé dans les années 90 : la fin de l’URSS, la fin de l’Histoire. Champ libre pour un capitalisme global ! Plus d’alternative possible. Au Chiapas pourtant, les zapatistes imposent un mode de fonctionnement autonome, régional, luttent contre la spoliation des terres, la destruction de l’environnement. Leur acharnement fait tourner la tête de milliers d’Occidentaux en mal d’idéaux.

    Dans les rues de San Cristobal, je peux encore lire sur les murs deux formules zapatistes, particulièrement éloquentes aujourd’hui. D’abord, le fameux « diriger en obéissant » (mandar obedeciendo). Servir plutôt que se servir. Dans leur processus de décision, horizontal et participatif, tout le monde gouverne à tour de rôle. On échappe ainsi au risque de confiscation du pouvoir.

    Et puis, il y a le fameux caminar preguntando (« cheminer en questionnant »), l’exact contraire des décisions capricieuses et hâtives de Trump. Les assemblées zapatistes assument leurs tâtonnements, leurs débats interminables, leurs erreurs, leurs revirements.

    Je n’idéalise pas ce mouvement (qui est du reste en perte de vitesse), mais voilà, en ce moment, son exemple est comme une grande bouffée d’air, un remède contre la fatalité dans laquelle l’Occident semble sombrer.

    Je me prends alors à rêver d’un peu plus de courage politique, chez moi. Qu’on refuse de s’agenouiller devant ce fou furieux qui piétine nos valeurs. Qu’on cesse nos « petits arrangements », promesse d’investissements et concessions. Qu’on dénonce enfin la brutalité de ses décisions et les violations du droit international…

    Y tú, qué ? Et toi, tu en penses quoi ?

    Journal de Morges, janvier 2026

  • Contre ceux qui boivent du petit lait

    Une pétition vient d’être lancée au niveau national, nous appelant à faire pression sur Migros pour que nous retrouvions dans ses rayons du «lait équitable». Près de 5’000 signatures en quelques jours.

    lait.pngLes chiffres, on nous les sert bientôt chaque semaine : il reste 16'000 producteurs de lait en Suisse (contre 50’000 en 1990). Aujourd’hui, il s’agit souvent d’une activité déficitaire. Et cela même si on aime toujours autant les fêtes de désalpe, les combats de reine, les poyas, le ranz. Même si, il y a peu encore, il fallait «avoir du bétail» pour se dire paysan (on se présentait en affichant fièrement son contingent laitier), même si  les vaches sont consubstantielles à notre suissitude.

    Une association a choisi de prendre une très grosse vache par les cornes, demandant à Migros d’accepter de distribuer du «lait équitable», du lait qui rémunère les éleveurs à un prix couvrant les coûts de production, soit 1 franc par litre (contre 60 et quelques centimes reçus actuellement).

    On trouve déjà ce lait équitable chez Manor, Aldi, Aligro ou Spar, surtout dans des centaines de petites épiceries indépendantes. Mais pas chez Migros et Coop. Pourquoi ?

    Si le second préfère garder le silence, l’indéboulonnable porte-parole du premier rabâche le même argument : il n’y a pas assez de demande ! En gros, c’est notre faute.

    Pourtant, si le lait équitable Fairswiss ne représente actuellement que deux ou trois millions de litres par année (un millième de la production nationale), il y a, sur une liste d’attente, plus d’une centaine de producteurs qui ne demandent qu’à en faire partie, à fournir la grande distribution à un prix juste.

    Et puis, les sondages le montrent, nous sommes attachés à l’agriculture suisse, de taille humaine. Mais comment concrétiser ce soutien quand le duopole – qui gère 80% du marché – boycotte le lait équitable ?

    Voilà pourquoi cette pétition (www.lait-equitable-maintenant.ch), si elle ne constitue pas une solution miracle, est un signe bienvenu de soutien pour les derniers éleveurs. Elle est surtout un coup de gueule contre ceux qui exercent une pression énorme sur le secteur, s’assurant des marges démesurées. Depuis des années, les prix en rayon augmentent, alors que la rémunération des producteurs touche le fond. Les éleveurs sont les vaches à lait d’une grande distribution… qui boit du petit lait.

    Pour peu, on pourrait penser que Coop et Migros ont un plan : quand il n’y aura plus de lait en Suisse, ils auront enfin les coudées franches pour faire tomber les barrières douanières, commercialiser du lait importé, bien moins cher, et grossir encore les marges.

    Donnons-leur tort.

  • Plutôt du vin suisse, s’il vous plaît…

    Attablé avec des proches devant la ferme familiale après une matinée de vendanges, on trinque avec la cuvée précédente, se souvenant d’une année météorologiquement difficile.

    Si le millésime 2025 s’annonce excellent (sain, doré, fruité), il sera hélas pour beaucoup compliqué économiquement. Puisque les caves des coopératives sont encore pleines, certains producteurs romands livrent leurs raisins sans garantie de prix, sans même savoir s’ils seront payés. D’autres annoncent faire leur dernière récolte, revendiquent des primes d’arrachage et apprennent à planter des oliviers.

    La cause principale n’est pas la baisse de consommation (qui en soit est une bonne chose), mais un écueil systémique, politique : pourquoi seuls 30% des vins bus en Suisse sont suisse ? Taxes douanières insignifiantes, mauvaise répartition du contingent tarifaire (133 millions de litres importés en 2024 !), publicités incessantes pour des vins étrangers à 2.90.- la bouteille, etc.

    Qu’à cela ne tienne, notre Conseiller fédéral de Bursins – de famille vigneronne et agriculteur de formation – n’a pas rechigné à signer en juillet les accords du Mercosur, qui péjoreront encore la situation (oh oui, on se réjouit d’accompagner les poulets au chlore américains avec des vins chiliens !)

    Migros, coopérative dite de proximité – « Migros en fait plus pour la Suisse » –, se planque derrière Denner pour offrir les rayons vinicoles les plus désolants du pays. Chez Coop – « Pour moi et pour toi » –, on travaille surtout avec ceux qui bradent du vin en vrac à 50 centimes le litre et engrange des marges inespérées (que l’on ne connaîtra de toute façon jamais !).

    Du côté de la Fenaco, coopérative censée être gérée par les agriculteurs-membres, il n’ a qu’à Genève qu’on a su imposer des vins exclusivement suisses dans les antennes Volg et Landi. Ici, on répète qu’on ne fait que répondre à une demande…

    Bref, la colère des vignerons a ses raisons.

    Mais voilà, aujourd’hui, c’est jour de fête. Et si les amis ont le sourire à l’heure de retourner à la vigne, c’est qu’ils viennent de goûter au plus beau mariage qui soit (chasselas et gruyère AOP), qu’ils profitent d’une journée de reconnexion à la terre dans un beau paysage viticole.

    Alors seulement, si on n’espère plus grand-chose de Berne, Migros, Coop ou Fenaco, on se dit que les gens sauront bientôt faire le bon choix avec leur caddie, leur portemonnaie et leur palais. Qu’ils refuseront le Primitivo qui sucrotte, le Cabernet qui sent le cargo et la sueur d’employés payés au lance-pierre. Qu’ils trinqueront enfin à toutes celles et ceux qui se réjouissent de faire déguster une cuvée 2025 exceptionnelle !

  • Guérir de ce monde

    Chaque journal télévisé est une preuve supplémentaire de la mort de l’ancien monde. Un basculement. Comme en 2001, comme en 1989, comme en 1933. Des décisions irréversibles qui nous propulsent dans une nouvelle réalité : post-Occident, post-démocratie, post-Nations-unies. Le 21e siècle commence vraiment.

    Capture d’écran 2025-04-26 à 06.26.49.pngLe climat ? Plus du tout une priorité. Les Droits de l’Homme ? Allez en parler aux Gazaouis. L’ONU ? Une vieille machine en panne. L’OMS ? Des malades au Sud et des médicaments au Nord. La Cour pénale internationale ? Voyez ce criminel de guerre israélien visiter tranquillement son vieux pote hongrois.

    Non, ce qu’il nous faut maintenant, c’est des punchlines à la gloire de la Nation, des diatribes anti-système, des mensonges à foison et des milliards pour le réarmement, la conquête de l’intelligence artificielle.

    Les lois ? Il suffit d’être fort.

    Nous voilà prisonniers d’un grand damier d’échec, avec deux empereurs qui s’entendent de mieux en mieux, l’un qui a fait « échec » à l’Ukraine, l’autre qui attaque avec ses fous, se persuade que le Groenland est à lui. Et déjà, un troisième tyran se dit qu’il serait temps d’envahir Taïwan.

    Chaque jour, une nouvelle crise s’ajoute à celle de la veille et rend le monde encore plus imprévisible, dangereux.

    Voilà pourquoi il est urgent… de souffler un peu, prendre du recul, garder la tête froide en se détournant des événements spectaculaires. Car l’Histoire n’a jamais été écrite par des individus, aussi riches et puissants soient-ils, par ce genre de voyous machiavéliques qui dirigent leur pays comme des entreprises.

    Tout seul, un businessman, aussi doué soit-il, n’aurait jamais pu faire sombrer les États-Unis. C’est le fruit d’une lente dégradation structurelle, mondiale. Ce nouveau type de tyrans est la conséquence logique de décennies de mauvais choix : résurgence des nationalismes, esprit revanchard, érosion de l’ordre international, toute-puissance des géants du numérique, perte du débat démocratique.

    Pourtant, je reste persuadé que ces transformations globales ont leurs racines… dans le local. Alors peut-être n’est-il pas trop tard pour « rabibocher » cette société, réalimenter la discussion, éviter la politique-spectacle et ne pas avoir honte de défendre des valeurs comme la tolérance, l’égalité, la justice.

    Bref, se mettre ensemble pour le bien commun, au quotidien, autour de soi.

  • Travailler de ses mains

    Cela se passe en soirée dans une librairie de Morges. Deux artisanes décrivent leur métier ; l’auditoire est captivé.

    La courtepointière (quel joli mot) dit qu’il n’y a plus qu’une seule place d’apprentissage dans tout le canton, que l’entreprise qui l’employait a peiné à trouver une remplaçante lors de son départ à la retraite.

    23.jpgLa tatoueuse décrit le problème inverse ; il y a tant de « tatooshops »  autoproclamés qu’il est difficile de conserver sa clientèle, malgré trente années d’expérience (elle était l’une des premières tatoueuses de Suisse).

    Les deux femmes ont des dégaines aux antipodes ; elles ont en commun le besoin de se servir de leurs mains (même pour parler), d’en avoir fait leur métier. Elles se racontent, s’ouvrent, et ça fait du bien.

    Car depuis trois siècles, l’humanité n’a d’yeux que pour les nobles quêtes de l’esprit : la mémoire, le lexique, la vitesse de raisonnement, le pouvoir d’abstraction. On méprise le travail manuel. On préfère rester assis, les yeux rivés à l’écran, les mains sur le clavier (comme moi en vous écrivant cela).

    L’artisanat est devenu la basse besogne de celles et ceux qui étaient distraits à l’école, nuls en grammaire, trop lents en calcul, juste bons à se servir de leurs pauvres mains.

    Quelle absurdité !

    Dès la naissance, on a appris à réfléchir en observant, en touchant, en manipulant. Tous les enfants ont connu cette effervescence artisane, cette ferveur créatrice : coloriages, découpages, bricolages.

    J’y crois dur comme fer : celles et ceux qui travaillent avec leur corps sont plus à même de penser le monde. Il y a une correspondance entre l’intelligence et la manière dont on se sert de ses mains. Quand la tête travaille toute seule, il y a de sérieux risques de dissociation, d’évaporation. On perd pied, on s’en remet aux microprocesseurs, aux moteurs de recherche, à l’intelligence artificielle…

    Alors, ces prochaines semaines, dans les marchés de Noël et les boutiques, réservez bon accueil à celles et ceux qui savent encore fabriquer de leurs mains des objets uniques, à partir de matériaux nobles, avec de drôles d’outils qui ont de jolis noms.

    Ou mieux, poussez la porte de leur atelier ; profitez de ces établis en désordre, ces odeurs de cuir, de bois, de papier, de pierre, de tissu, de verre, ces matières que l’on a aussitôt envie de caresser, de travailler…

    20221115 ARTISANES_COURTEPOINTIERE_00336.JPGLa courtepointière et la tatoueuse ont maintenant un verre de vin à la main. Elles parlent de leurs valeurs profondes, se remémorent ce moment de leur vie où elles ont choisi de faire quelque chose qui ait un sens. Un travail qui fait grandir. Le contraire de l’aliénation.

    Photos de Vincent Guignet

  • Vert-de-gris de rage !

    Tournée générale à Berne : 4 milliards de plus pour l’armée ! Et comment combler cette perte ? Avec du social, des budgets cantonaux et de l’aide au développement, pardi !

    Miraculeux : il n’y a soudain plus de finances moroses à la Confédération. Il a suffi du claquement de doigts de quelques parlementaires paranoïaques. De la droite au centre, on s’est mis au garde-à-vous, on a mis la gauche au pas, et le peuple devant le fait accompli : « Non, pas besoin de voter sur cette broutille, pensez, une rallonge d’à peine 4 MILLIARDS. »

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    Vous l’aurez compris, c’est une excellente nouvelle pour les actionnaires de nos usines militaro-industrielles. Par contre, pour la paix…

    Maintenir la paix, ce n’est pas préparer la guerre (surtout pas en Suisse). C’est essayer de la prévenir, la désamorcer. Voilà justement l’une des missions de l’aide au développement : un domaine où l’on prévoit de ponctionner 2 milliards, oui, pour acheter des armes.

    Maintenir la paix, c’est anticiper les prochaines guerres, investir dans l’ONU, le CICR, l’OSCE, la CPI, etc., se donner les moyens d’une politique étrangère cohérente, une coopération internationale généreuse, une politique économique responsable.

    Maintenir la paix, c’est former, enseigner, ouvrir les esprits, éviter la radicalisation ; c’est aussi faire de la recherche en cybersécurité, en lutte contre la désinformation, en pandémies, en dérèglement climatique.

    Vous le savez : Poutine doit franchir quatre ou cinq frontières pour frapper à nos portes. Et s’il parvient à écraser l’OTAN et les armées européenne, je ne vois pas ce que feraient nos sympathiques milices de… cohésion nationale.

    Maintenant, si nos militaires professionnels ont vraiment envie de faire la guerre, qu’ils quittent leurs logiciels de simulation, leur Mercedes de service ; qu’ils se proposent comme volontaires en Ukraine et prennent avec eux tous leur matériel RUAG !

    J’ai mis 40 ans à comprendre que la neutralité suisse n’était pas de la lâcheté, de la faiblesse, de l’opportunisme. Ce n’est pas faire des affaires avec Poutine pendant 20 ans, puis geler soudain ses avoirs et se réarmer dans son coin. C’est le courage de s’engager « autrement », au service du droit international ; c’est anticiper les conflit et les désamorcer, diplomatiquement, dans l’ombre, par négociation. Ainsi seulement, notre pays sera reconnu comme interlocuteur crédible pour la promotion de la paix.

    Et merde pour vos 4 milliards.

  • Ce Rhône qui devrait nous réunir

    C’était le «projet du siècle», 162 kilomètres de travaux, 4 milliards de budget, «un exemple au niveau européen»… Le rêve a pris l’eau.

    IMG_2352 copie.jpgCe fleuve est à notre image. Il est tout à la fois montagnes, suissitude, mer, Antiquité commune. Il fait du Léman, cette gouille coincée entre les Alpes et le Jura, une plateforme d’ouverture sur le monde. Il est le trait d’union entre la Suisse et la France, mais aussi entre le Valais et Vaud. On se baigne dans la même eau. On est ensemble, solidaire.

    Un projet a ainsi patiemment mûri pour fédérer nos destins: la 3ème correction du Rhône. Hélas, on apprend que le Conseil d’État valaisan ne marche plus dans la combine, qu’il préfère corriger «sa» correction, qu’il abandonne les Vaudois.

    Pour quels motifs veut-on brusquement anéantir le fruit de vingt années d’études, négliger des conclusions validées à chaque étape par les deux cantons, l’avis d’une trentaine de bureaux et de douze experts externes? Comment une seule analyse, exhibée subitement début 2024 – et venant d’un bureau spécialisé dans le développement… immobilier – a pu briser l’élan?

    On parle de coûts non maîtrisés, de surévaluation des risques de crues. On s’empresse d’opposer agriculteurs, qui refuseraient de céder des terres, et militants écologistes, cherchant à «renaturer» à tout prix.

    Et s’il y avait une autre raison? Une cause sommeillant sous la terre, tout près du Rhône? Quelque chose qu’il vaudrait ne mieux pas révéler?

    Quand on a commencé les travaux, dans la région de Viège, une substance cancérigène (de la benzidine) s’est retrouvée dans le fleuve. On était proche de la décharge de Gamsenried, là où Lonza a enterré ses déchets chimique entre 1918 et 1978. Depuis dix ans, des analyses mettaient pourtant en garde les autorités, mais on a préféré se taire, et faire taire ceux qui souhaitaient parler, pour ne pas avoir à assumer des travaux d’assainissement coûteux et chronophage.

    Près de Sierre, même problème, à l’ancienne décharge d’Alusuisse : des travaux ont également provoqué le lessivage de fluor, de cyanure.

    Ce scénario allait se répéter à proximité des décharges non assainies de Chippis, de Martigny, de Collonges, de Monthey, de…

    Amies et amis valaisans, votre Rhône, c’est aussi le nôtre. On n’est pas seulement voisins, on est riverains. Merci donc de nous dire la vérité. De nettoyer ces rives, au frais des industriels responsables. Et s’il le faut, d’assainir aussi… vos autorités ? Car lors de la prochaine catastrophe, la pollution ne s’arrêtera pas – contrairement à la 3ème correction –au goulet de Saint-Maurice.

    (Journal de Morges, 14.6.24)

  • Le coffre-fort de Denens

    Percer l’asphalte pour y dissimuler du vin. Déprédation ? Déraison ? Non. Juste une curieuse tradition qui a lieu ce mois d'avril.

    Denens.pngJ’avais entendu parler de caisses de Servagnin plongées dans le lac, et connaissais les vins conviviaux des Caves ouvertes, les vins nomades du Train du Vigneron, les vins musicaux des soirées Winify.

    J’ignorais une tradition née il y a trente ans à Denens. Lors du remplacement d’une borne hydrante, près de la fontaine de la rue de la Jalousie, on a découvert une galerie creusée dans la molasse, à six mètres de profondeur.

    Des gens raisonnables auraient aussitôt prévenu le risque d’effondrement. Des gens instruits auraient conjecturé sur l’utilité de cette cavité (captage d’eau pour alimenter le château?). Seulement voilà, cette communauté compte une grande quantité de farfelus (des Gränicher, des Sauty, des Hugi, tant d’autres), et ces gens-là se sont simplement dit : c’est incroyable, l’humidité et la température de cette galerie en feraient une merveilleuse cave à vin !

    Toujours à la recherche d’un bon prétexte pour organiser une fête au village, lesdits farfelus ont profité du 700e anniversaire de la Confédération, en 1991, pour y enterrer… 700 bouteilles.

    Dix ans plus tard, prétextant une autre fête du village pour les déterrer, on a constaté que le vin était impeccable : un nouveau patrimoine culturel immatériel venait de naître.

    La dernière «Ouverture» a eu lieu en 2017, et lorsque l’on demande aux organisateurs (Gränicher fils, Sauty fils, Hugi fille et quelques autres) pourquoi ils ont choisi ce 20 avril pour la 5ème édition, ils répondent qu’ils voulaient éviter l’année de la Fête de l’Épouvantail (2025), se faufiler entre les froids de l’hiver et les travaux de la vigne, et puis surtout, qu’ils commençaient à avoir sacrément soif.

    Alors voilà, demain, on redécoupera le bitume du trottoir, on creusera la terre à la pelle mécanique, on soulèvera une plaque métallique pour accéder à la galerie. On y installera des lumières et chacun pourra y descendre, de préférence avec des habits de semaine, pour visiter les entrailles du villages et confier à la terre de nouveaux millésimes.

    En surface, on ne fera que l’essentiel – une fête au village, avec des concerts, des saucisses et du vin – mais on n’est jamais à l’abri de surprises (il semblerait qu’un Gränicher soit par exemple « tombé » dans la fontaine lors de la dernière édition) ; une chose est sûre, on déterrera une fois encore du vin de garde, c’est-à-dire : du vin qui tient la route.

  • Un petit pas pour les paysans mais…

    420111182_10163709737472468_1205494963491579958_n.jpgUn escabeau pliable, une clé de 10 et un tournevis plat. Ils l’ont fait en plein jour, pour provoquer le dialogue… et montrer que si cet acte est (un peu) illégal, il est 100% légitime.

    Ils l’ont fait ensemble, un paysan et sa fille, celle qui va «reprendre» : ils ont suspendu les vieux souliers du grand-père sur un panneau retourné. Et puis, ils ont pris une photo pour alimenter le groupe Facebook «Révolte agricole suisse»… même si l’employé communal remettra bientôt le panneau à l’endroit («ça fait quand même chenil»).

    Certes, pas l’ombre d’un tas de fumier devant le Palais fédéral, pas d’opérations coup-de-poing dans les Migros, les Coop. Une trentaine de tracteurs à Plainpalais samedi dernier, un seul véhicule à la Riponne mercredi matin. Et toujours pas de manifestation à Berne.

    Capture d’écran 2024-02-13 à 09.39.59.pngAlors on rit de cette «révolte à la Suisse» en couverture du dernier Vigousse et dans l’émission 52 Minutes. On se moque de lUnion suisse des paysans, héroïque, qui publie une pétition… en ligne (qui aura l’effet de toutes les pétitions en ligne : aucun). Et ces parlementaires soudain tellement solidaires… qui ont pourtant validé tous les accords de libre-échange et n’ont jamais osé bousculer la grande distribution.

    Ces derniers mois, chaque fois que je demandais à des paysans pourquoi ils ne se révoltaient pas plus, ils me répondaient : on n’a pas le temps ! Il y a évidemment d’autres raisons. Il est difficile de sen prendre à ceux qui achètent leurs produits, même à très bas prix ; les dernières grèves du lait n’ont rien donné ; les blocages ne font pas partie de notre culture ; et peut-être qu’il existe aussi un manque de solidarité dans la profession, une tendance à la victimisation passive, à l’intériorisation de cette colère…

    C’est pour cela que ces quelques panneaux retournés font du bien. C’est peu de chose, mais assez pour faire naître des discussions. On va interroger le voisin paysan. On en parle au boulot, au bistrot. Les journaux ne parlent plus uniquement de micro-coopératives écoresponsables, ils se passionnent pour lagriculture majoritaire, ils donnent enfin la paroles à des gens du métier.

    Je me souviens dune phrase de l’ancien aumônier des paysans, Pierre-André Schütz : «Ceux qui ne savent pas se répandre (en paroles) sont de bons candidats pour se pendre».

    Par ces panneaux retournés, le monde paysan – asphyxié par la paperasse, les coûts de production, le manque de considération – fait entendre sa voix. Tant mieux. Il semblerait même qu’une partie de la population éprouve un début de sentiment de reconnaissance : on a besoin de vous… vous êtes utiles… on est avec vous.