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Nos intégristes à nous !

Lorsqu’en ce début d’année, on parle d’extrémisme religieux, on pense forcément à l’Islam. Qu’en est-il des chrétiens de chez nous ?

 

Deux chemins étaient représentés, l’un, large et mauvais, semé de tentations – les cafés, le cinéma, l’alcool, les slows et les baisers qu’on a envie d’essayer à 12, 15 ou 17 ans - l’autre exigeant, étroit, le chemin droit que Dieu espère pour les hommes. La morale personnelle se présentait comme un choix dramatique, et non pas comme quelque chose qui se construit au gré des expériences.

 

wpfe08f0e6_03_06.jpgL’enseignante vaudoise Anne-Sylvie Schertenleib se souvient ainsi d’un tableau de famille qui avait marqué son enfance. Dans un récit fraîchement paru, Toutes ces choses extrêmes et si importantes, elle évoque la réconciliation entre son éducation dans un milieu évangélique - « mon Jésus m’empêchait de vivre et étalait mon péché à chaque pas » - et sa vie de femme curieuse et épanouie - « j’ai pu douter, penser contre ce qu’on m’avait dit, et choisir ».

Si l’auteure est parvenue à concilier ces deux mondes, sans perdre la foi, combien souffrent encore de telles déchirures ?

Depuis un siècle et demi, la région d’Aubonne, par exemple, concentre plusieurs communautés évangéliques, la plupart darbystes. Même si l'évolution actuelle de ces assemblées tend vers plus d'ouverture, on peut, à mon sens, parler d’intégrisme, puisque ces frères vivent selon une doctrine rigide, repliés sur eux-mêmes, et que leurs conventions sont pour le moins excessives : structure familiale patriarcale (seul le père travaille à l’extérieur), code vestimentaire pour les femmes, mariage autorisé qu’au sein de l’assemblée, refus de la contraception, absence de contact avec les autres Eglises, culte réservé aux membres de la communauté, abstention de vote et d'engagement politique, rejet du cinéma, du théâtre, de la télévision, etc.

Ce christianisme très moralisant n’est pas une secte ; il n’est pas dangereux pour le reste de la société, et les darbystes sont souvent des citoyens chaleureux. Mais combien de tensions familiales et de souffrances durables ? Combien de jeunes à subir les pressions d’un père, d’une mère, d’un frère ou d’un cousin ? Combien de parents ayant perdu leur enfant embrigadé ?

Loin de moi l’envie de lancer une chasse aux sorcières. Je rêve simplement qu’au 21ème siècle - dans le district comme partout ailleurs - on renonce à ces religieux lavages de cerveau, ces croyances infantilisantes, et qu’on ranime un vieux credo: penser par soi-même.

Anne-Sylvie Schertenleib, Toutes ces choses extrêmes et si importantes, éditions de la Thièle, 2014.

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