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  • L’émerveillement au quotidien

    Puisque demain, c'est Vendredi saint, je me permets d’évoquer ici un prêtre original, visionnaire, celui qu’on surnommait le «François d'Assise lausannois», un certain Maurice Zundel.

    La semaine dernière, un ami m’a apporté son nouveau livre. Cet ami était pasteur à la paroisse de Saint-Livres et Yens dans les années 80, puis aumônier au gymnase de Morges dans les années 90 ; c’est là que je l’ai connu (on l’appelait «Virgule»), et c’est grâce à lui, Virgile Rochat, qu’on fut nombreux à découvrir l’Afrique à 17 ans.

    On boit d’abord un café, puis un verre de blanc, parce que quand même. Son sévère col roulé noir est vite contredit par un rire pétillant, le rire d’un enfant… aujourd’hui à la retraite.

    On parle de son premier ouvrage, sur la crise des paroisses, Les absents ont-ils toujours tort? (1993). Puis du deuxième, plus alarmiste, Le temps presse! (2012). Aujourd’hui, il lâche simplement qu’il a «mal à toutes ces églises vides».

    Il m’offre son dernier livre, S’émerveiller, coécrit avec Marc Donzé, éminent prêtre catholique (beau geste), qui vient de paraître aux incontournables éditions Cabédita, à Bière. L’ouvrage parle d’un homme que je ne connaissait pas.

    Décédé il y a bientôt 50 ans, Maurice Zundel a consacré ses trente dernière années à la paroisse d’Ouchy, dans un relatif anonymat. Ses textes sont désormais lu dans le monde entier ; on lui consacre des biographies, des conférences, des séminaires. C’est que ce prédicateur enflammé – qui savait remplir les églises – était autant l’ami du pape Paul VI que des clochards et marginaux lausannois. Intègre, généreux, sans compromis. Il a passé des années en Égypte, au Liban, respectait l’Islam et toutes les confessions chrétiennes (sa grand-mère était protestante). Il aimait dire : «Ne parlez pas trop de Dieu, vous risquez de l’abîmer.»

    J’ai ouvert et dévoré S’émerveiller avec autant de joie qu’un œuf en chocolat.

    On s’émerveille devant un paysage, une œuvre d’art, l’amour, un enfant ; voilà, selon Zundel, le commencement de tout itinéraire spirituel ; c’est une libération qui vient de l’intérieur, une expérience extatique, un allégement, un détachement ; le temps s’arrête ; on fait le vide, on devient pleinement humain ; on gagne en jeunesse, en tonus ; on «s’étonne» (littéralement : on est frappé par le tonnerre) ; on porte une vraie attention à ce qui nous entoure ; la plupart du temps, on le fait en silence

    silence qui manque tant

    silence qui écoute

    tiens, les hirondelles sont de retour…

    Maurice Zundel correspondait avec Albert Einstein, qu’il aimait citer: «Celui qui a perdu la faculté de s’émerveiller est comme frappé de mort.»