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  • Ecrivains égyptiens cherchent lecteurs égyptiens

    La bonne nouvelle, c'est que grâce à Baha Taher et Alaa El Aswany, entre autres, les Cairotes sont devenus des personnages de romans (le café où aimait écrire Naguib Mahfouz est pris d'assaut par les touristes). La mauvaise nouvelle, c'est que les Egyptiens ne sont pas devenus des lecteurs de romans. Le marché du livre égyptien est en effet bien timide pour un pays de 80 millions d'habitants. C'est qu'en Egypte, il y a d'autres pages à tourner - plus urgentes – lorsqu'on fait la file des heures pour acheter du pain subventionné, qu'on travaille le jour comme comptable et le soir comme taxidriver, qu'on prévoit pour aujourd'hui dimanche, anniversaire du président, un remake du 6 avril dernier, avec son lot de grèves, de manifestations, d'arrestations et de bastonnades...

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    ...au Caire, la Fondation Pro Helvetia m'a mis à disposition le plus confortable des caravansérails, une résidence d'écriture pour achever mon prochain bouquin. Sur le toit de mon immeuble, au 30 de la rue du 26 Juillet, s'entassent sous des barraques de fortune une dizaine de familles sans le sou. Mais me remettre à écrire. Sans me demander si l'écriture est vraiment un acte de résistance.

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  • Fathy Embaby, le choix gouvernemental (5/5)

    Sonneries de portables pour tous les goûts et distribution non-stop de sodas. A la séance-dédicace du Drapeau, 1958548555.jpgdernier roman de Fathy Embaby, l'assistance ne semble guère se préoccuper de ce que  peuvent raconter l'auteur et son éditeur.

    On me chuchote que le chef éditorial du magazine de l'édition Al-Hilal, Magdy El Dakak (à droite), est aussi un membre influent du Parti National Démocratique (PND), le parti au pouvoir, le parti unique, celui de Moubarak. On me dit aussi que c'est la première fois qu'Al-Hilal organise un tel évenement, une présentation en grande pompe, avec la couverture du livre imprimée en format géant et un caméraman de la deuxième chaîne nationale venu pour l'émission “Cette Maison est la vôtre”, une plateforme dévouée... au PND. Créée en 1892, l'édition Al-Hilal, la plus ancienne d'Égypte pour les livres culturels et les romans, s'essaie au marketing.

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    Rendez-vous donné à l'auteur le lendemain, hors cohue, pour vérifier les sources et surtout faire connaissance. Une double fracture de l'humérus le fait boiter, mais une fois assis, Fathy se dit très satisfait. Lui qui avait déjà publié cinq romans connaît ces jours une belle réussite : en deux semaines,  il a écoulé 2'000 exemplaires de  son dernier roman.

    LIVRES SUBVENTIONNÉS La raison  du succès ? La qualité d'écriture évidemment. Mais il y a peut-être autre chose. Puisque l'édition Al-Hilal est une maison d'état, les livres bénéficient de subventions et se vendent 7 pounds lors de la séance-dédicace et 9 pounds en librairie (moins de deux francs suisses), contre 20 ou 30 pounds pour un livre publié par une maison indépendante. A cela s'ajoute le suivi médiatique assuré des oeuvres "gouvernementales"...

    1218988840.jpgNé en 1949, Fathy Embaby n'a pourtant rien d'un scribe soumis. Il a connu l'euphorie des années 60 - “on croyait tous qu'on allait rejoindre le paradis” - mais lors des protestations estudiantines de 1969-72, c'est la prison qu'il a rejoint, pour 9 mois. Il décide ensuite de quitter le pays. A son retour, après cinq ans d'exil, il rejoint Al-Tagamo'a, un parti de gauche fondé en 1977. Sans trop d'illusions : “je ne pense pas que ce parti puisse mener à un changement. Le régime a une trop grande expérience de la répression”.

    Ingénieur de profession, Fathy Embaby fut pendant cinq ans directeur d'une agence nationale chargée de la construction du métro au Caire. En 2003, il adressa une lettre d'une quarantaine de pages au Ministre des Transports pour lui révéler de nombreux cas de corruption. Résultat, il est muté. Depuis, pour le même salaire, il ne travaille plus que deux jours par semaine. “Ils ne veulent plus de moi”. Il ne s'en plaint pas. Il a du temps pour écrire...

    “Dans les années 70, le président Sadate a tué la culture, l'éducation et le marché du livre. Devenue le dada d'une élite, la littérature s'est coupée du peuple...” Mais selon Fathy Embaby, le gouvernement essayerait depuis cinq ans de renverser la tendance et d'élargir le lectorat. Juste le bon moment pour prendre le bon wagon: l'édition gouvernementale.

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  • Soha Zaki, des mots pour ressusciter un mort (4/5)

    1956349690.jpgRésolument attachée au restaurant Estoril. Moins pour ses serveurs en galabiya et turban que pour ses épais vitraux qui l'autorisent à siroter une bonne Stella à l'abri des regards. La jeune nouvelliste Soha Zaki (à droite) m'a rejoint avec son amie Salwa Azeb (à gauche), journaliste pour le quotidien Al-Gomhuria. Elle nous raconte son dernier reportage en Syrie, à l'occasion du Sommet arabe de Damas : "je ne devais que relever les citations, sans y poser de regard critique..."

    SEXE, RELIGION ET POLITIQUE Soha Zaki a publié son premier recueil de nouvelles grâce à deux amis qui se sont cotisés pour lui offrir les 400 livres égyptiennes (80 francs suisses) nécessaires au tirage de 200 exemplaires. Le recueil ayant reçu un bon accueil, un éditeur lui a ensuite directement proposé de publier le second. "Mais à trois conditions : pas de sexe, pas de religion, pas de politique. La trinité du bien-penser." Son deuxième recueil intitulé Si j'avais été un oiseau évoque pourtant bien les trois thèmes interdits. "L'éditeur ne l'a manifestement pas lu."

    Soha trouve la littérature égyptienne actuelle trop moralisatrice. "Même l'Immeuble Yacoubian de Alaa al-Aswani se termine en brossant le gouvernement dans le sens du poil." Il n'existe pourtant pas, contrairement à la télévision et au cinéma, de censure officielle dans l'édition. "En réalité, les auteurs s'autocensurent eux-mêmes. En interview, ils tiennent des propos libertaires, mais ne croient pas en ce qu'ils disent. La fadeur de la littérature égyptienne n'est pas la faute du gouvernement, mais celle de la frilosité des écrivains et des éditeurs.” De son côté, Soha s'est bâti un petit îlot de liberté sur la toile. Depuis un an, elle tient un blog littéraire qui connaît une belle fréquentation.

    1726473157.jpgSon troisième livre, Longs doigts mutilés, évoquera le souvenir de son mari, Muhammed Hussein Bikr, décédé à l'âge de 32 ans en 2006 et avec qui elle a eu une fille, Noha (photo). Muhammed avait lui aussi publié trois livres. Il les imprimait lui-même de manière artisanale et les vendait dans la rue, en ne disant pas être l'auteur.

    Soha Zaki appartient à la génération des jeunes auteures prometteuses, avec Sahar El-Mogi, Amina Zidan, Mansoura Izzeldin, Nagwa Shaban, Miral El-Tahawi. On pourrait imaginer qu'en Égypte, toutes les auteures côtoient une certaine idée du féminisme, sur les pas de la plus célèbre militante égyptienne, Nawal Saadawi (photo). 1164370101.jpgPour Soha, la démarche artistique passe avant la lutte pour ses droits. Si elle avoue avoir porté le voile pendant six mois, alors qu'elle aimait un docteur qui le lui avait demandé, elle navigue maintenant depuis sept ans à découvert. “Dans l'anonymat de la rue, on peut sans autre marcher sans voile. Ce sont étonnamment les amis qui vous regardent avec le plus reproches...” Sur cette question sensible, ce qui amuse le plus Soha, c'est que les auteurs égyptiens qui écrivent pour l'émancipation des femmes ont tous des femmes voilées.

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