Réfugié dans les étages de son château ce lundi soir, le Conseiller d’Etat socialiste Pierre-Yves Maillard aurait peut-être donné cher pour perdre quinze ans, son poste... et tourner sa veste.
Alors que la fonction publique en grève manifestait sous ses fenêtres contre son plan d’assainissement des caisses de pension, criait des slogans très peu respectueux et huait son nom, cet ancien syndicaliste aurait en effet certainement préféré dépoussiérer son mégaphone et clamer ce qu’il écrivait dans un article paru en 1998 :
« La grève est une libération. Elle est une affirmation de force et de dignité […] Qu’elle revienne donc, qu’elle enrichisse nos moyens de lutte, qu’elle gagne nos têtes, qu’elle ouvre à nouveau le champs des possibles... »*
L’Histoire est pleine d’ironie. Cet ancien prof d'école est maintenant seul dans son donjon, prisonnier du devoir de collégialité. Sur la place, il y a ses anciens collègues qui contestent, qui revendiquent et qui protestent. Dans les slogans des manifestants, le nom de Maillard a rejoint ceux de Broulis et de Leuba : même brouillard, même malice, même combat…
Vrai que cela me fait comme un pincement au cœur. Un pincement, certes de différente intensité, mais éprouvé à deux reprises ces derniers mois :
La première fois lorsque j’apprenais que ce monument de Gérard Depardieu, ce joyeux drille des Valseuses, fils de prolétaires et ancien petit loubard de la banlieue de Châteauroux, avait retourné son pantalon, était devenu le lâche multimillionnaire que l’on sait, fugitif, et à la botte d’un dictateur liberticide.
La seconde fois lorsque j’apprenais avec effarement qu’avant de devenir l’opportuniste patron de Novartis, cet ogre de Daniel Vasella militait au sein de la Ligue marxiste révolutionnaire, un ancien parti d'extrême gauche communiste qui luttait contre le capitalisme…
Alors, pour se consoler, il n’y a qu'un seul geste : celui de retourner au modeste, à la constance, la valeur sûre, la clairvoyance de Georges Brassens :
« Quand ils sont tout neufs, qu'ils sortent de l’œuf, du cocon, tous les jeunes blancs-becs prennent les vieux mecs pour des cons.
Quand ils sont devenus des têtes chenues, des grisons, tous les vieux fourneaux prennent les jeunots pour des cons ».
*Article paru en 1998 dans Les huitantes ans de la grève générale, édité par le Parti socialiste lausannois.
Te voilà partie, il n’y a que le frottement des peaux sur la neige, tes bâtons alternés, ton souffle. Lors des pauses qui sont rares (à la station, le thermomètre affichait moins quinze), tu saisis le vent qui coupe à travers bois et la Gougra qui ruisselle entre les pierres. Tu adoptes un rythme qui te tient chaud, mais pas trop. Si tu avais une lampe, tu verrais des yeux dans la forêt mais tu as raison de toujours tout oublier.
Cette chronique a mûri à la lecture de La Fin du village du sociologue Jean-Pierre Le Goff. Cinq cents pages qui revisitent un demi-siècle de l’histoire d’un petit bourg provençal, le sien. Sa conclusion : la mort imminente de ce que l’on appelait « village ».




Quand je fais mes paiements chez le «géant jaune», je prend un ticket d’attente, soupire, puis ouvre au hasard cette même petite cinquantaine de livres à gros tirages (l’idéal pour allumer une cheminée ?) ; la postière n’a pas le temps de parler littérature.