Et de deux. Deux "papiers touristiques” d'affilé. La faute à Euronews qui montrait des hommes tirer dans Tripoli et “faire neuf morts” dans une ville entrevue il y a peu dans la paix, le calme et la volupté... Comme une envie de hauteur et de recul : élevée sur les derniers contreforts du djebel Ansariyya qui dominent la plaine d'El-Bukeia, une forteresse ressemble à un rêve d'enfant. Du solide, de la pierre et de l'Histoire, de ces choses qui ne tombent pas sous les feux du premier fanatique venu.
KRAK DES CHEVALIERS “C'est le plus beau des châteaux du monde, certainement le plus pittoresque que j’aie vu, une véritable merveille...” En 1909, le jour de son vingt-et-unième anniversaire, Laurence d'Arabie avait manifestement apprécié la visite de la forteresse. En son temps, le roi de Hongrie André II l'avait définit comme “la clef des terres chrétiennes en Orient”, tandis que le chroniqueur Ibn al-Athir l'appelait “l'os en travers de la gorge des musulmans”...
En 1099, lors des premières croisades, Raymond de Saint-Gilles délogea les Abbassides de la forteresse, mais l'abandonna aussitôt pour filer sur Jérusalem. C'est le régent d'Antioche Tancrède qui s'en empara en 1110 pour y installer une garnison franque sous l'autorité du comte... de Tripoli. En 1142, le Krak (“karak”, en syriaque, signifie “forteresse”) fut confié aux Chevaliers de l'Hôpital, un ordre de moines-soldats constitué pour escorter les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte.
Du haut des tours, les Hospitaliers apercevaient les places fortes de Chastel Blanc à l'est et d'Akkar au sud ; des feux d'alarme suffisaient à prévenir les forteresses du comté. Le système d'entrée du Krak consistait en un long corridor entrecoupé de "sas" et percé de meurtrières. La tour nord-est abritait une chapelle (photo), alors que la cour centrale reposait sur un vaste grenier voûté pouvant contenir jusqu'à cinq ans de vivres et de fourrage. L'eau nécessaire à tenir un tel siège était drainée depuis les terrasses au sommet des tours et stockée dans des réservoirs... Le Krak était imprenable.
En 1163, Nur ad-Dîn s'y cassa les dents. Un second siège échoua également en 1167. Même Saladin ne put s'en emparer. Il n'avait pas compris que la force ne pouvait rien. Mais la ruse : Baybars, sultan des Mamelouks, envoya une fausse missive aux Chevaliers, émanant prétendument du Grand Maître des Templiers, leur enjoignant de se rendre...
Du jour au lendemain, les Chevaliers avaient quitté les lieux.
Le 8 avril 1271, Euronews aurait annoncé que le Krak des Chevaliers changeait de mains. Sans faire de victimes. Euronews aurait peut-être fait défiler en sous-titre l'inscription latine gravée sur le septième pillier depuis la gauche dans la Grande Salle du Krak : “que l'abondance, la sagesse et la beauté te soient données. L'orgueil à lui seul souille tout s'il t'accompagne”.

C'est qu'à Baalbek, la réconciliation est faite de petits riens. Alors qu'une décapotable tourne inlassablement autour du parc de la ville, des hommes et des femmes en tenue de sport y font leurs exercices, des militaires descendent des Almaza “à découvert” et des jeunes improvisent des pas de danse devant une petite radio grésillante pour attirer l'attention de celles qui défilent en jupe ou en voile intégral. Au milieu de la nuit, au milieu du parc, un couple s'oublie en un slow clandestin aux rythmes d'une sonnerie de téléphone portable.




Lors des affrontements de 2006, Hassan avait envoyé sa fille en Syrie. Lui était resté, “en résistant”. Il y avait alors 115 journalistes dans son petit hôtel. Il avait fallu aligner des matelas sur la terrasse. Comme à l'abri d'un moucharabieh, rivées sur ce même balcon où nous refaisons le monde, les caméras pouvaient distinctement voir pleuvoir les bombes sur les villages du nord de la ville, foyers du Hezbollah. Et constater la riposte. Hassan avait emmené deux journalistes près de Blint Jbayl, tout au sud du pays. Ces derniers auraient été surpris de voir des 







Soit deux territoires carrés de cinq mètres sur cinq. Un homme seul se présente sur le territoire des autres joueurs (de 2 à 5). Son but est de toucher de la main l'un d'eux, puis revenir sur son territoire. L'adversaire touché sera ainsi éliminé. Mais si l'homme seul est plaqué au sol 




La discussion aurait pu durer des heures, mais un membre de la "sécurité" était chargé de me racompagner à la sortie...

La visite se poursuit. Saïd me présente son meilleur ami. À 33 ans, Abou Saleh tient un petit salon de coiffure (photo prise depuis l'intérieur). Son frère a été assassiné en 2005, à l'âge de 25 ans, pour des raisons restées inconnues. Sa mère est décédée l'an dernier des suites d'une erreur médicale dans un hôpital de Beyrouth. Il n'a aucune foi en la politique: “Arafat n'était pas meilleur que les Américains”. Pour lui, seul le Hezbollah fait quelque chose pour la Palestine. Il les soutient, même s'il est sunnite et eux chiites, même s'ils voudront à terme faire de Jérusalem une ville chiite et que tout sera à recommencer... Abou Saleh se lâche. Il n'en peut plus de ne pas savoir que choisir: marier la femme palestinienne qu'il a fiancée ou s'enfuir en Belgique rejoindre son frère, même si ce dernier dit détester sa vie bruxelloise. Ce qu'il veut à tout prix, c'est obtenir une nationalité étrangère, le seul moyen de pouvoir un jour visiter la Palestine. "En menant une vie de réfugié, on ne fait rien pour la cause palestinienne”.


LIBAN 2008 La photo est prise du onzième étage de l'Intercontinental Phoenicia (l'hôtel tire-t-il son nom des origines phéniciennes de la ville ou du fait que cette dernière renaît sans cesse de ses cendres tel un Phoenix?). La banque HSBC (à gauche sur la photo) affiche le slogan “Get a free solar power water heather with every home loan”. À ses côtés, trois bâtiments délabrés se souviennent de l'attentat. Puis, sans transition, le Yacht Club Saint Georges, avec dans sa baie le “Samar”, un yacht muni d'un hélicoptère qui appartiendrait à un Koweitien. Sur le trottoir, de jeunes Libanais et Libanaises (!) font leur jogging en tenue peu coranique, ipod dans les oreilles. Les moins jeunes marchent à un bon rythme, parfois un chapelet dans la main. Sur la route défilent les décapotables et 